L’indulgence, la compassion et la patience

Publié le par safiyya oum ruqaya





Sheikh Abdoul Malik Al Qâssim




L’oppression, la violation des droits d’autrui en usant de la force et la contrainte sont au nombre des signes caractéristiques des injustes. Notre Prophète saw a établi les bases de la justice et de l'assistance qui permettent de satisfaire tout ayant droit. Le Prophète saw a mis les ordres et les interdictions d’Allah au service de la voie du bien. Dans sa maison, ils ne craignaient ni injustice, ni oppression, ni transgression, ni attaque.

Aïcha –Qu’Allah soit satisfait d’elle- a dit : « Le Messager d’Allah saw n’a jamais battu personne avec sa main, sauf lorsqu’il faisait le djihad dans le sentier d’Allah. Jamais, il n’a battu un domestique, ou une femme. Jamais il ne tira vengeance d’une offense faite à l'encontre de sa propre personne. C’est seulement quand on enfreignait les interdictions d'Allah qu’il tirait vengeance au nom de Celui-ci » [1].

Anas radhiallahuanhu a dit : « Je marchais en compagnie du Prophète saw. Il était vêtu d’un manteau nedjrânite, au bord épais. Un bédouin l’approcha et le tira si fortement que je pus voir le bord du manteau imprimer sous la violence de la pression sa marque en haut de l’épaule du Prophète saw : « Ordonne qu’on me donne quelque chose du bien d’Allah dont tu disposes», lui dit le bédouin. Le Prophète saw se tournant vers lui, se mit à rire, puis ordonna qu’on lui donne quelque chose » [2].



Lorsque le Messager d’Allah saw revint de l’expédition de Hounain, les bédouins le suivirent en lui demandant [l’aumône]. Ils le contraignirent à s’arrêter auprès d’un arbre et enlevèrent son manteau pendant qu’il se trouvait sur sa monture. Il dit : « Rendez-moi mon manteau, craignez-vous que je sois avare ? Il ajouta : Je jure par Allah, si j’avais des chameaux aussi nombreux que ces luzernes, je vous les aurais partagés et vous ne m’auriez trouvé ni avare, ni peureux, ni menteur » [3].

La bienveillance en toute chose, la connaissance de ce qui est avantageux et le fait de repousser ce qui est néfaste sont au nombre des images les plus éloquentes d’éducation et de bon enseignement.

Les Compagnons, pour défendre la religion, se sont précipités à bon droit et ont condamnés ceux qui commettaient des erreurs et ceux qui tombaient dans le péché. Alors que, le Prophète saw était indulgent et bienveillant, et il leur interdisait de faire cela à cause de l’ignorance des auteurs de ces erreurs et des mauvaises conséquences qui en découlaient.

D'après Abû Houreira radhiallahuanhu , « Un bédouin urina dans la mosquée. Comme les gens se précipitaient sur lui pour le maltraiter, le Messager d’Allah saw leur dit : « Laissez-le et répandez sur son urine un seau d’eau, car on vous a envoyés pour faciliter les choses et non pour les rendre difficiles » [4].



La patience du Messager d’Allah saw dans l’accomplissement de sa mission invite à le prendre pour modèle et à suivre ses pas, sans tirer vengeance d’une offense faite à l'encontre de sa propre personne. Aïcha, épouse du Prophète saw –Qu’Allah soit satisfait d’elle- a raconté qu’elle lui dit : « Y eut-il jamais pour toi une journée plus pénible que celle de la bataille d’Ohod ?Certes, répondit-il, j’ai eu à souffrir de tes compatriotes. Mais ce qui me fut le plus pénible de leur part, c'est l’affaire d’al-Aqaba, lorsque, à l’exposé de mes demandes, Ibn Abdil Yalil ibn Abdul Kolal répondit par un refus catégorique. Je m’en retournai ne sachant pas trop quelle direction prendre. Je ne recouvrai mes esprits qu’au niveau de Qarn-et-Tsa’âlib. Alors, levant la tête, je vis un nuage qui me couvrait de son ombre. Après l'avoir bien observé, j'y aperçus Gabriel. Il m’appela et me dit : « Allah a bien entendu les propos de tes compatriotes, et les réponses qu’ils t’ont adressées. Il a envoyé vers toi l’ange des montagnes pour que tu lui donnes au sujet de ces infidèles, quelque ordre qu’il te plaira ». Et l’ange des montagnes, m’appela, me salua, me répéta ce qu’avait dit Gabriel et ajouta : « Que veux-tu ? Désires-tu que je fasse se replier sur eux les deux rocailleuses ? Non, répondis-je, car de leurs flancs, j’espère qu’Allah fera sortir des fidèles qui L’adoreront seul, sans Lui donner d’associés» [5].



Arrow Aujourd'hui, certaines âmes se précipitent dans l’appel à l’Islam et espèrent récolter des résultats rapidement. Le fait d’agir pour des succès personnels est un défaut dans l’appel à l’Islam et un manquement dans la pureté de l’intention. Certains prédicateurs ont pour cette raison échoué. Où est donc la patience et l’endurance ?

Après de nombreuses années, ce qu’espérait le Messager d’Allah saw est survenu comme fruit de l'endurance, de la patience et d'un combat de longue haleine.

Ibn Mas’oud radhiallahuanhu a dit : « Il me semble [encore] voir le Prophète, racontant l’histoire d’un Prophète frappé et blessé par son peuple, essuyant le sang de son visage en disant : « Seigneur, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » [6].



Zaïd ibn Sa’na –un érudit juif- avait accordé au Prophète saw un prêt dont il avait besoin pour résoudre le problème de certaines personnes dont les cœurs étaient à gagner (à l’Islam). Zaïd a dit : A deux ou trois jours du terme fixé pour le remboursement, le Prophète saw sortit pour la prière funèbre d’un homme parmi les Auxiliaires (Ansar) en compagnie d’Abû Bakr, Oumar, Ousmane et quelques uns de ses Compagnons. Lorsqu’il eut accompli la prière funèbre, il s’approcha d’un mur et s’y assit. Alors, j’arrêtai son vêtement, le regardai d’un air rude et lui dit : Muhammad, ne me rends-tu pas mon dû ? Par Allah, je ne vous connais pas, fils d’Abdul Muttalib, comme étant des gens qui lèsent les droits d’autrui. Je les ai fréquentés au point de les connaître ! Il poursuivit : Et je regardai Oumar ibn Al Khattab et vis ses deux yeux tournoyer dans son visage comme une sphère, puis il me lorgna et dit : Ennemi d’Allah, dis-tu au Messager d’Allah saw ce que je suis en train d’entendre. Lui fais-tu ce que je suis en train de voir ? Par Celui qui l’a envoyé avec la vérité, n’eut été ce dont je crains la perte, j’aurai tranché ton cou avec mon sabre-ci. Pendant ce temps, le Messager d’Allah saw regardait Oumar avec calme et sérénité, puis il dit : « En vérité, nous avons plus besoin d’autre chose que d’une telle réaction de ta part ô Oumar, [nous avons besoin] que tu ordonnes à chacun de nous de respecter son engagement vis-à-vis de l’autre. Oumar, vas avec lui, rembourse-lui son dû et ajoute lui vingt Sa’a en guise de compensation pour la frayeur que tu as suscitée chez lui ». Zaïd dit : Oumar m’amena, me remboursa mon dû et me donna en plus vingt Sa’a de dattes sèches. Je dis : Pourquoi ce surplus ? Il répondit : Le Messager d’Allah r me l’a ordonné pour compenser la frayeur que j’ai suscitée chez toi. Je dis : Oumar, me connais-tu ? –Non, dit-il, qui es-tu ? Je dis : Je suis Zaïd ibn Sa’na. – L’érudit ? demanda-t-il. –Oui, l’érudit répondis-je. –Qu’est-ce qui t’a donc poussé à de tels actes et paroles à l'endroit du Messager ? Je lui dis : Ô Oumar, j’ai reconnu tous les signes de la prophétie sur le visage du Messager d’Allah saw lorsque je l’ai observé, sauf deux signes que je n’ai pas testés chez lui : sa patience supplante sa stupidité et la stupidité dirigée contre lui n’augmente que sa patience. J’ai testé ces deux signes et je te prends à témoin, ô Oumar que j’agrée Allah comme Seigneur, l'Islam comme religion et Muhammad saw comme Prophète. Je te prends également à témoin que la moitié de ma richesse –je suis le plus riche parmi eux- est une aumône destinée à la communauté de Muhammad saw. Oumar radhiallahuanhu rectifia : Ou plutôt destinée à une partie d’entre eux, car tu ne peux pas les satisfaire tous. Je repris : Ou à une partie d’entre eux. Oumar radhiallahuanhu et Zaïd rentrèrent trouver le Messager d’Allah saw et Zaïd attesta : Je témoigne qu’il n’y a point de divinité digne d’adoration en dehors d’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Messager saw. Il crut en lui et accepta sa mission » [7].



Méditons ce récit, son dénouement et le long dialogue qu’il comporte. Peut-être allons-nous suivre les pas de notre modèle Muhammad saw, et inviter les gens à l’Islam avec bienveillance et indulgence.



Par ailleurs, il les encourage quand ils font du bien et suscite chez eux l’esprit d’optimisme. Aïcha –Qu’Allah soit satisfait d’elle- a dit : « J’ai accompli l’Oumra avec le Messager d’Allah saw à partir de Médine. Arrivés à la Mecque, je lui ai dit : Ô Messager d’Allah, puisse mon père et ma mère te servir de rançon ! Tu as raccourci les prières et je les ai accomplies complètement ; tu as rompu le jeûne et j’ai jeûné » Il dit : « Tu as bien fait, Aïcha » et il ne me blâma pas » [8].

[1] Rapporté par Ahmad.

[2] Rapporté par Al Boukhari.

[3] Rapporté par Al Bagawy dans Charhous-Sunna et jugé authentique par Al Albany.

[4] Rapporté par Al Boukhari.

[5] Rapporté par Al Boukhari.

[6] Rapporté par Al Boukhari et Moslim.

[7] Rapporté par Ibn Hibban.

[8] Rapporté par An-Nassâi.



Source : www.editionsassia.net

tiré de http://al.houda.free.fr/forum/viewtopic.php?t=3442
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article